27.12.2007
DU RITE AU RIRE. LE DISCOURS DES MASCARADES SOULETINES. THESE DE DOCTORAT A L'EHESS. CHAPITRE 5. LE CANEVAS DES JEUX.
Chapitre 5 Le canevas des jeux Nous donnons ici le canevas des jeux tels que nous avons pu les observer dans les villages de Barcus (1995), Musculdy (1996), Larrau (1997), Lacarry (1998), Idaux-Mendy (1999) et Tardets en 2000. 1) Le canevas du jeu des hongreurs Les deux acteurs pénètrent dans l’espace scénique précédés par le gardien du troupeau de porc (txerrero). Le jeu débute toujours de la même manière par un dialogue dans lequel le patron appelle l’ouvrier : "Bailet". Ils dansent ensemble selon une gestuelle qui ne s’est pas modifiée pour les cinq années observées. Puis le jeu se poursuit par la tentative de capture par l’ouvrier du cheval jupon (zamalzain) qui se solde par un échec. Le patron renvoie l’ouvrier. Le patron hurle plusieurs fois le nom du personnage de Pitxu. L’apprenti des Noirs fait partie du groupe des chaudronniers. D’année en année, il choisit personnellement un lieu qui se situe en dehors de l’espace scénique (hors du cercle des acteurs et du public), mais assez près pour que le public puisse l’apercevoir et l’entendre vociférer. Il transgresse les interdits en pénétrant chez des particuliers qui ne lui ont pas toujours donné leur accord. Il peut aussi exprimer parfois son agilité en allant dans des endroits difficiles d’accès. L’agilité du Pitxu de Tardets restera certainement à cet égard dans les mémoires. Les jeux diffèrent à ce moment d’une année à l’autre, ces derniers comportent une part variable d’improvisation des deux acteurs et parfois de dialogues improvisés avec les chaudronniers. Cet épisode du jeu permet aux acteurs de faire valoir leurs qualités de comédiens de théâtre bien qu’ils ne soient tous que des amateurs. Le jeu se poursuit par la capture du cheval par Pitxu et encore une fois c’est un échec puisque celui-ci se trompe et attrape la cantinière (kantiniersa). Le patron renvoie alors l’apprenti et rappelle son ouvrier qui finit par attraper le cheval jupon (zamalzain). Les deux hongreurs castrent le cheval en le tenant de chaque côté. Ce dernier effectue alors des sauts de danse. Il est guidé vers la sortie de l’espace scénique qui se situe invariablement sur la gauche du couple composé par le monsieur et la dame. 2) Le canevas des versets (koblak) des rémouleurs (xorrotxak) Les couplets sont réalisés pendant les barricades dans la matinée dominicale. Les danseurs réalisent des sauts devant l’allocutaire, puis les acteurs (les hongreurs, les Bohémiens, les chaudronniers et enfin les médecins) arrivent en dansant deux par deux et font une mêlée au pied de l’allocutaire. Les rémouleurs entament leurs versets en partant de quelques mètres et se rapprochent de l’allocutaire pour les terminer en face de lui et à une très faible distance. Nous donnons ci-après les textes énoncés pour les mascarades de Barcus à Barcus en 1995. Les barricades commencent devant le domicile de Txitxu : Gathia bezala, deitzen dügü Txitxu Comme le chat on l’appelle Txitxu Hura üdüri beita, adret eta Filou Il ressemble à celui-ci., adroit et filou Hargatik zeren segür, jauna Muskillu C’est pour cela que monsieur est aisé Bai eta maskadetan, biarneses krestadou Et pour la mascarade, hongreur béarnais Elles se poursuivent devant chez Angro suivant le même registre : Etxearen gerua, untsa lentaturik L’avenir de la maison bien assuré Auto zain goa ützirik, zure semiari Vous avez laissé le garage à votre fils Andereno ohia, zuin ejer üdüri Votre dame est toujours aussi mignonne Adina hor duziela, eztuzie ageri Vous ne faites pas votre âge Les mascarades s’arrêtent devant l’hôtel, bar , restaurant chez Chilo et les rémouleurs entonnent leurs chants : Barkoxeko bürgian bagira phausatzen Si nous nous posons au bourg de Barcus Oto baztergia bat lehenik txerkatzen Nous cherchons d’abord où nous garer Gero gerade zalhe xiloenian sartzen Ensuite nous rentrons bien vite chez Xilo Zeren han beitakie sabel bethatzen Car là ils savent remplir le ventre Ils n’ont que quelques mètres à faire pour se retouver devant le bar chez Saru situé de l’autre côté de la rue. Le cortège bloque la circulation de la rue et les rémouleurs font entendre leur voix : Ikusten beitügü gük sarütegian Nous nous voyons chez Saru Zahar eta gazteak oso ber henian Les jeunes et les vieux-Joyeux- Ontsa hazten gira ostatu barnian Nous allons mieux à l’intérieur du bistrot Zerbütxia ükhenez bihotza eskian Le service est le coeur sur la main Plus loin les acteurs s’adressent à Letchaureguy le boulanger : Barkoxen bulangerak bekantzen ari dira A Barcus les boulangers se font rares Bena heben badügü bat beita azkarra Mais nous en avons un ici solide Herri guzia beitü berak unguratzen A lui seul il alimente le village Aipa gero urzua deiku tirokazen Parlez lui de la chasse à la palombe Puis c’est au tour de Xanti de devenir l’allocutaire : Batin hungaiü saltzen, hebenko laborarier Tantôt à vendre des friandises aux paysans Edo hatü güziak, agitzen dien jenter Ou n’importe quel objet à qui voudra acheter Bestin argi ezarten, borda ta etxeer Ou bien effectuer des installations électriques dans les maisons et les bordes Astea igaraiten, bethi eskuin esker Tu passes ta semaine à droite à gauche Les anciens (comme Fabien, responsable des mascarades de Barcus en 1984) participent eux aussi aux barricades : Errekonduan dira lür gizenak Les terres les plus fertiles se trouvent au bord des rivières Bai eta lanthari osto zabalenak Ainsi que les plantes aux feuilles les plus larges Hala bera etxie komersantarena Le plus souvent aussi la maison la plus ommerçante Lan egile adretak gidatzen drama L’ouvrier le plus adroit tenant son outil Aux familles des anciens viennent s’ajouter celles des acteurs actuels. Ce fut le cas pour les versets adressés à la famille Kampo qui n’est autre que celle du monsieur “jaun” Ostatü edariak beitiria habuak hots La plupart des breuvages du bistrot sont froids Hots prunki edan eta barnia da bero Buvez frais vous aurez chaud à l’intérieur Etxerat juraitia utzirik geroko Ne pensez pas encore au retour à la maison Üsü entzüten dügü oraï zuaste kampo Pourtant on entend, souvent allez dehors Tous les lieux de socialisation (les bistrots en font partie) participent aux barricades. Devant chez Duffer les rémouleurs perpétuent cette tradition : Andere begui beltxa zure batzariak Dame aux yeux noirs votre accueil Inganosten gititzu ostatuan barnerat Nous incite à entrer au bistrot Ez da-estanatzeko generusak barguire Il n’est pas étonnant de nous voir aussi généreux Bihotzak manhatüa eigiten du musak Le porte monnaie fait ce que le coeur lui demande Les barricades de Chez Pitxe (restaurant-bar) illustrent le canevas des couplets des acteurs : Nurk ez dü ezagützen, germaintegia Qui ne connaît pas chez Germain Gazten eta zaharren, bilgüne haitia Le meilleur endroit où se réunissent jeunes et vieux Semiak jarraiki dü, aitaren bidia Le fils a suivi le chemin tracé par son père Etxearen izena, laster Pitxenia Bientôt il faudra donner un nom à cette maison Pitxenia La mélodie invariable accompagne le jeu devant le restaurant chez Porte : Ihislariak oro haïdü kabanetan Tous les chasseurs à l’affût dans les cabanes Pasaje handietan zuin hobe tirokan Profitent du grand passage pour être le meilleur tireur Halaber ostalerak turrixtarekilan De même le restaurateur avec les touristes Jan edalen onduan khuntuarekilan Poursuit ses clients avec l’addition Les rémouleurs s’adressent aussi aux représentants politiques. Devant la mairie, ils chantent pour monsieur le maire de Barcus : Jinkuak or egun hun jaun mera noblia Dieu vous souhaite un bonjour noble Monsieur le Maire Gora duzu herrian zure izatia Vous êtes en haute estime dans votre village Lagunt ezazu bethi jente praubia Aidez toujours les pauvres gens Gero segur dukezu majortatia Pour assurer votre majorité Les barricades débutées à la périphérie du village (dans les maisons exentrées) gagnent le centre pour finir sur la place : Ezperantxan beita xenda egilia L’espoir construit notre sentier Ondotik amodioa uzta emailia Ensuite l’amour portera ses fruits Bethi argi izan dadin Eskualdün zelia Afin que le ciel basque reste clair Bilkuretan khanto-gora fediaren lilia Dans notre assemblée le chant sera fort, il sera la fleur de notre foi Les acteurs adressent des couplets à Monsieur le curé de Barcus : Barkoxeko aphezak Les curés de Barcus Beti dira manexak Sont toujours des manex (basques non souletins) Ezkiniua ükhen ahal Ziberoko artzain bat Pourquoi n’aurions- nous pas un pasteur souletin Prauben eta aberatsen afable lizatekin bat Quelqu’un d’affable avec les riches et les pauvres Les rémouleurs terminent le temps des barricades par les deux chants suivants, le permier destiné à Germain, le second à Sylvain : Fatulari handia hurrui famaturik De grande réputation Uskaldun jokietan jakinsu gidari Organisateur et conservateur des traditions basques Ezta engune horietan kapabliagorik De nos jours, personne n’est plus capable que lui Egunaz eta gaiez eztenean egarri De jour comme de nuit quand il n’a pas soif Alde baletarik auto-zain handia D’une part grand chauffeur d’autobus Zahar eta gazteen denen paseazalia Qui promène les jeunes et les vieux Ez du hurun joun behar ment dinini zaldaia Il n’a pas besoin d’aller trés loin chercher l’avoine Elf’aren izannan beitu zerbutxia Il a son garage à l’enseigne de la maison ELF Certains couplets peuvent déroger à la rêgle. Les acteurs peuvent modifier le canevas du jeu (s’il souhaite cibler tel ou tel allocutaire). Ce fut le cas en 1995 lorsque les deux rémouleurs de Barcus m’ont adressé mes versets sur la place du village voisin d’Esquiule. Ils modifiairent alors l’ordre du jeu afin de permettre au rite d’accomplir sa fonction de communication. 3) Le canevas du jeu des rémouleurs Les deux rémouleurs pénètrent dans l’espace scénique en chantant. Le patron en chantant demande à l’ouvrier de lui lire une lettre (car il sait seulement écrire), ce qu’il fait. L’ouvrier part en dansant vers le monsieur (jauna). L’ouvrier prend son épée. En dansant il retourne vers son patron et commence à tourner la roue, à genoux, le regard torve. L’ouvrier, comme dans le jeu des hongreurs, est mis à la porte par son patron qui part en quête d’un nouvel ouvrier (c’est encore Pitxu comme dans le jeu des hongreurs qui joue ce rôle). Le patron renvoie Pitxu et rappelle son ouvrier. Ils aiguisent l’épée du seigneur en chantant ensemble. Le chant du jeu des rémouleurs est soit composé pour la circonstance, soit choisi dans le répertoire traditionnel souletin. Il peut éventuellement être une reprise d’un chant déjà donné pour des mascarades anciennes comme ce fut le cas à Barcus en 1995 avec le chant composé par Attuli. Egünaldi eijer bat dügü C’est une belle journée Egünko Jinkuari galthatü Que nous avons aujourd’hui seigneur Guri hura zaikü behatü Il nous a écoutés Denbora hun bat eman deikü Il nous a donné un bon temps Herriko plazan beikira bildü Nous sommes rassemblés sur la place du village Maskadak deitziegü formatü On a formé une mascarade Ihautia nahiz markatü Pour célébrer le carnaval Muda zaharilla sarthü Tra.la.la A l’ancienne mode Egün neskatila gaztiak Aujourd’hui les jeunes filles Goiz-goiza jeikirik beitira Se sont levées tôt Herroki ezarik tualetak Elles se sont habillées de toilettes froufroutantes Plaza huntat agertü dira Elles sont apparues sur cette place Ikhusi nahiz aktür gaztiak Voulant voir les jeunes acteurs Zuinen ejer, zalhetan azkarrak Beaux, jeunes agiles et forts Gero jinen delarik Branlia Après viendra Branlia dantza Izan nahiz haitatiak Tra.la.la Espérant être choisie Maskadak direnin entzüten Lorsqu’il est question de mascarade Mothiko gaztiak jüntatzen Les jeunes gens se réunissent Ttipitik dira iseatzen Depuis tout petit ils s’entrainent Handien jestuak muldatzen Reproduisant les gestes des grands Nahiz hirilat gaztik badutzen Bien que beaucoup de jeunes partent en ville Zunbait beharre beita egoiten Heureusement certains restent Egin ahala ez gordatzen Sans cacher leurs possibilités Khanta dantzetan largatzen Tra.la.la Dans les danses et les chants ils s’en donnent à coeur joie Eskual Herriko tradizionik Les traditions du Pays Basque Zaharrer tügü ikhasirik Nous sont apprises par les anciens Amodiuarekin bethi Avec beaucoup d’amour Haier gira fidel jarraiki Fidèlement nous suivons leurs traces Gure herrin zahar eta gaztik Dans notre village vieux et jeunes Odolin beitügü sarthürik Dans notre sang et dans notre corps Barkoxe izanen da bethi Barcus sera toujours accroché Muda zaharrai etxeki Tra. la.la A ses vieilles traditions Tra.la.la Biba bai biba Eskual Herria Vive oui vive le Pays basque Cet exemple nous permet de conclure que le canevas du jeu implique (pour ceux qui décident de monter des mascarades) une reprise de la création littéraire orale villageoise. Il impose un recours à la tradition tout en laissant une liberté de composition dans le cadre d’une production textuelle théâtrale bien définie à savoir la place réservée au chant dans le jeu des rémouleurs. Des scènes traditionnelles sont reprises à l’identiques et structurent le jeu théâtral. Pour toutes les mascarades observées, l’ouvrier part ramener l’épée au seigneur. Il lui présente le compte. L’ouvrier retourne vers son patron et remet l’argent puis les deux sortent en chantant. 4) Le canevas du jeu des bohémiens C’est le jeu qui a comporté le plus grand nombre de variations d’une année sur l’autre. Le village de Musculdy avait opté pour une modification des personnages, dans les costumes mais aussi dans le canevas puisque les acteurs avaient choisi de faire jouer un personnage nouveau, le curé, en instaurant une confession de ce dernier par les bohémiens. Ce qui ne change pas c’est l’entrée ; le gardien de porc (txerrero) précède les acteurs et les amène dans l’espace scénique. Les bohémiens font le tour de l’espace et se jettent à terre faisant une mêlée. Après les salutations d’usage au public par le chef des bohémiens, ils entament une danse sauvage qui se distingue de celle des Rouges par la violence et les hurlements qui se succèdent dès que les acteurs tapent dans leurs sabres en bois. Le jeu se poursuit par la présentation des différents bohémiens par leur chef et le récit de leurs voyages. Le jeu se termine par l’hymne des bohémiens : ”Biba buhameak eta hen behazalik”1 5) Le canevas du jeu des chaudronniers Comme pour le jeu des bohémiens, c’est le gardien de porc (txerrero) qui amène les acteurs dans l’espace scénique ; ces derniers effectuent un tour et se jettent à terre faisant une mêlée. a) Présentation des ouvriers par le patron Kabana. Le chef salue le public et présente ses ouvriers en les qualifiant d’ivrognes, de noceurs, de buveurs et de coureurs de filles. En 1996, Kabana, le chef des chaudronniers des mascarades du village de Musculdy commence sa présentation de la manière suivante : Celui là Trapuz. Hau Trapuz. Celui là Fripou. Hau Fripou. Celui là Jakou. Hau Jakou. Celui là Pitxu. Hau Pixu. Tout en délimitant l’espace scénique par sa déambulation (il donne parfois des coups de fouets sur le sol) il finit par se présenter et se qualifier lui même : Et moi le grand Kabana. Eta ni, Kabana handia. b) Quoi de neuf ? Zer berri ? Les prêches de Kabana. Pour construire son texte, le patron des chaudronniers répond à une question commune pour toutes les mascarades à savoir : Quoi de neuf ? Zer berri ? Cette interrogation permet aux auteurs de communiquer avec le public. Par souci d’efficacité, ils écrivent des textes qui interpellent le public et traitent des sujets (qu’ils connaissent) et des problèmes auxquels ils doivent faire face. Plus générales en introduction (l’actualité en Soule), les réponses données sous forme d’agenda se font plus précises en traitant du village, du quartier, d’une maison en particulier, de untel. L’acronyme (figure de style souvent produite comme technique de composition en 1996 par Musculdy) se fait nominative par le recours aux patronymes (Etchart, Etchebarne, Etchandy, Ilhareguy, Iriart, Pochelu, Larramendy, Arayet) à Ordiarp, (Perchico) à Garindein, (Etchemaite, Etcheber, Etchepai, Etchone) à Pagolle, (Espel) à Barcus ; aux prénoms (Marie, Patrick et Colette) à Ordiarp ; aux surnoms (Llargo) toujours dans le même village. Personne n’échappe aux mascarades. c) La mort de Pitxu Les chaudronniers réparent le chaudron du seigneur (jauna) qui le refuse. Ils le réparent à nouveau. Le seigneur paie la facture. Cet épisode permet la réactualisation des énoncés, avec l’arrivée de l’euro, de la CSG de la TVA et des autres taxes. Le monsieur en guise de paiement pour la réparation jette quelques pièces de monnaie. Les bohémiens interfèrent dans le jeu en tentant de se saisir de l’argent. Il s’en suit une mélée à laquelle participent les bohémiens et les chaudronniers. Dans cet épisode violent les blessures, entorses et autres coups ne sont pas rares. Pitxu meurt écrasé. * d) La lecture du testament de Pitxu par Kabana * Kabana ouvre son grand cahier noir et donne lecture du testament de Pitxu qui nous renseigne sur le personnage. Le Pitxu de 1996 était au dire du texte “fétard, feignant et infidèle” (selon Kabana dans la présentation des ouvriers). Il a des “enfants” et une “femme”. Il est bascophone, “agriculteur” et a sa carte au syndicat ELB (Euskal Laborarien biltzara). Il possède une voiture, un micro onde, une montre, un stylo, des animaux, un âne, du matériel agricole (motofaucheuse) il bricole (niveau, caisse à outil) et chasse (arme). C’est un amateur de Ricard avec des “lunettes” et une “voix claire” qui fume la “pipe” et écoute des “cassettes du chanteur Michel Etcheverry”. Les legs de Pitxu nous renseignent sur son appartenance sociale. Homme du peuple, Pitxu n’a pas de grandes richesses (terrain, maison, biens) mais des objets de la vie quotidienne (montre, stylo, dentier, lunettes, micro onde) sans grande valeur. Ses biens se résument à une voiture, une motofaucheuse et un âne. e) La renaissance de Pitxu Le jeu des chaudronniers se termine par l’opération de Pitxu par les médecins et sa renaissance. Tous les acteurs se regroupent alors pour le chant final. 6) Le chant final des mascarades souletines Les mascarades se terminent par le chant final qui regroupe l’ensemble des acteurs et des villageois qui ont participé au “montage” du théâtre carnavalesque. Chaque village compose un chant qui lui est propre. Chaque année est donc l’occasion d’entendre un chant nouveau. En ce sens, elles dynamisent la création en demandant aux acteurs de faire appel à des auteurs. En 1995, le monsieur fait appel au talent de Jean Louis Aramburu pour composer le chant final dans le village de Barcus. Ürzo eijer bat gertatü da Une jolie palombe est apparue Barkoxe herrian pausatü ta Elle s’est posée sur le village de Barcus Haren agurrak eman indarrak Son salut nous a donné des forces Alageratü gogo bihotzak Et réjouit la pensée et les coeurs Iratzarri da gazteria La jeunesse s’est réveillée Fauntsi ederretan dantzaria Le danseur dans sa plus belle prestance Botz ozenetan kantaria Le chanteur avec sa voix sonore Beitügü laidatü nahia Car nous avons la volonté Etxahun Topet-en herria De louer le village de Topet Etxahun Izan girade hürrün mündian Nous sommes allé loin dans le monde Laketürik kirol zelaietan Nous nous sommes plus dans les stades Oraikuan sartüko giroan Maintenant entrons dans l’ambiance Barkoxek beha dien jokia Dans le jeu qu’attend Barcus En 1996, c’est au tour du village de Musculdy de “monter” des mascarades. Le chant final composer par Berzaitz est choisi pour sa mélodie. Xiberoko ihautea, aberasten maskaradak Le Carnaval de Soule est enrichi par les mascarades Herriak alageratzen, Pitxuk bai eta Kabanak Pitxu et Kabana réjouissent les villages Bizirik egon ditian, aiten aiten ohidurak Pour que vive les usages des ancêtres Huna heben ziekilan, alai müskildiar gazteak Voila avec vous les joyeux jeunes de Musculdy Oihan beltzean bagoa, plegatzen aize hegoak Nous allons dans le bois noir, plié par le vent du sud Hargatik ez da erorten, azkar baditu erroak Le Carnaval ne meurt pas, il a de fortes racines Halaber xiberotarrak, ez ahantz jokü zaharrak De même, Souletins, n’oubliez pas les jeux anciens Hor kausituko dütügü, nortasunaren indarrak Nous y touverons les forces de l’identité refrain : errepika Aintzina Müskildi, jarraiki ber xenda En avant Musculdy, suivez la même route Harizpe Oihenart, berriz maskarada Harizpe Oihenart, maitenant les mascarades Begira hizkuntza, ta jokü xaharra Gardez la langue et le jeu ancien Bizi dadin bihar, gure Xiberoa Pour que vive demain notre Soule (Traduction Jean Haritschelhar) En 1997, les jeunes du village de Larrau en Haute-Soule font appel au curé souletin Casenave-Harigile pour composer leur chant final. Auteur de nombreuses pastorales ce prêtre est apprécié par la population pour son engagement. Nombreux sont les habitants qui le considèrent comme un défenseur de la culture souletine et de la langue basque. Urte oroz bezala, joan üda gorria Comme chaque année l’automne est partie Urzo, kürto, ainera, beroz egarria La palombe, la grue, l’hirondelle assoifées de chaleur Negüa hüitan dela da mezütaria Cet hiver tout est le messager Ohizko üngüruka, betiko berria Des environs d’Ohi, toujours le même nouvelle Eta Orrin laket da Orriko txoria L’oiseau d’Orri est tranquille à Orri Larraintarrek gozatzen bai beren herria Les habitants de Larrau profitent de leur village Larranerat heltzeko bidea gogorra Pour arriver à Larrau, le chemin est difficile Han bizi denak badü iztazain gotorra Ceux qui vivent ici ont le jarret robuste Holtzarterik joan eta handi ta Pettara En partant depuis d’Holtzarte et de là la Basse-Soule Orrirat jokatzeko, behar da indarra Pour s’affronter à Orri, il faut de la force Eta Orrin laket da Orriko txoria L’oiseau d’Orri est tranquille à Orri Larraintarrek gozatzen bai beren herria Les habitants de Larrau profitent de leur village Larraneko herria zelaian jarria Le village de Larrau posé sur un plateau Holtzarteko arroila da igarria Il se devine depuis les gorges d’Holtzarte Sen Juseten egoitza ermita berria La demeure de Saint Just, le nouvel hermite Orri argiz betea zoin mira ? Orri offre plein de lumière à qui le regarde Eta Orrin laket da Orriko txoria L’oiseau d’Orri est tranquille à Orri Larraintarrek gozatzen bai beren herria Les habitants de Larrau profitent de leur village A la fin du chant, les acteurs se pressent dans les bistrots ou ils se mélangent aux habitants qui les ont reçu. S’en suivent des chants qui se poursuivent jusque tard dans la nuit pour ceux qui ne travaillent pas trop tôt le lendemain. Les jeunes rentrent au village vers dix neuf heures voire vingt heures et parfois continuent la fête dans les bistrots. Les plus jeunes regagnent leur domiciles respectifs pour la rentrée scolaire hebdomadaire du lundi matin. Tous se donnent rendez-vous, le dimanche d’après (au prochain village qui figure sur la liste des mascarades) pour continuer leur tour de Soule jusqu’à l’arrivée du printemps. Pendant plusieurs mois, de janvier à avril, la plus petite des provinces basques vit au temps des mascarades.
20:12 Publié dans XIBEROKO MASKARADAK / LES MASCARADES SOULETINES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : THESE, EHESS, ERIC DICHARRY

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