02.01.2008
LE DISCOURS DES MURS DU PAYS BASQUE.
Cette enquête sur les murs du Pays Basque a été réalisée de janvier 2000 à juillet 2003 au Labourd, au Guipuzcoa et en Navarre. Réalisée a partir de photographies des murs, elle a permis de mettre en exergue un corpus de textes et d’analyser la sémantique des discours militants basques. LES AFFICHES DES RUES DE GUERNICA Le corps de José Luis Geresta Mujika a été découvert mort, dans le quartier Zamalbide de Rentería en Guipuzcoa à 6:30 le 20 mars 1999. José Luis Geresta Mujika, alias Oker était considéré comme faisant partie du commando Donosti de l’organisation séparatiste basque E.T.A. Il était accusé d’avoir participé à l’assassinat du conseiller municipal du Parti Populaire Miguel Ángel Blanco et de Fernando Múgica, du Parti Socialiste. Immédiatement, des affiches sont placardées dans les rues. Un texte annonce dans les rues du Pays Basque la mort de ce militant en exprimant les conditions de cet assassinat, le nom de la victime, les cirsonstances de la découverte du corps, les coupables désignés de manière générique sous le nom d’un parti politique (ici le PP, Partido Popular). Les affiches deviennent une chronique de l’actualité locale, politique, en désignant non seulement la victime et les assassins mais aussi en indiquant une réponse possible, probable. Elles annoncent le fait que le peuple ne pardonnera pas. On pressent d’ors et déjà une réplique, non pas par la prière et la demande de pardon (catholicisme) mais bien par la vengeance. Il n’est pas question ici de “tendre l’autre joue” mais de venger cette mort. Le fossé entre croyances religieuses (pardon de la religion catholique) et action de représailles (vengence possible) s’illustre par le choix terminologique qui initie un partage entre euskaldun fededun (basque croyant) et basque militant (E.T.A est une organisation marxiste léniniste). L’affiche en exprimant clairement le refus du pardon sous entend de plus une réponse a donner à cette actualité. En éclairant le peuple sur les commanditaires du crime (l’Etat espagnol, le PP) elle les désigne de manière explicite comme futures cibles en légitimant les actions futures. Oeil pour oeil, dent pour dent. Le PP nous tue. Tuons le. D’un côté la victime E.T.A, (José Luis Geresta Mujika, le martyre de la cause), de l’autre les assassins, le PP. Au niveau de la forme, l’utilisation du vert et du rouge sur fond blanc reprnd l’ensemble des couleurs du drapeau national “Ikurina. Le rouge est ici chargé d’une symbolique de la mort, du sang qui rejoint le contenu (le crime perpétré contre un militant). D’un côté, la mort est soulignée d’un trait, de l’autre c’est le nom des assassins qui est souligné (PP HILTZAILE). La forme renvoit au fond. Il existe de plus un écho perceptible entre le discours qui s’affiche sur les murs (silencieux, domaine de la lecture, du discours interne) et celui de la manifestation de rues (discours audible, externe), une convergeance sémantique. Le texte de l’affiche “ Herriak ez du bakartuko “ (le peuple ne pardonnera pas) devient aussi un slogan annoncé pour une manifestation revendicative, le trait d’union entre l’auteur (qui l’a composé) et le manifestant (qui l’énonce après l’avoir intégré mentalement par la lecture et par l’écoute des autres manifestants. Il trouve dans le discours de la manifestation une extension. PP HILTZAILE PP assassin devient PP entzun Pim Pam Pum, PP écoute Pim Pam Poum. Le parti populaire n’est plus seulement l’assassin, il devient la cible des actions à entreprendre par le biais de la lutte armée. Dans ces conditions, tout lecteur interpellé par le texte devient un manifestant potentiel activé par la charge émotionelle déclenchée par le contenu. Le lecteur peut devenir à l’extrême l’activiste potentiel, le bras vengeur qui ira venger le martyre, la main qui tiendra l’arme et qui tirera dans la tête. Une balle dans la tête pour une balle dans la tête. Equation mathématique ! Tpout est fait pour que le lecteur s’identifie à la victime et que surgisse en lui la haine de l’agresseur, de l’oppresseur. L’affiche chronique le présent et nous renseigne sur le futur proche, un attentat d’E.T.A visant le PP (est à prévoir). La réponse est venue rapidement. Le 6 mai 2001 : Assassinat du sénateur et président du Parti populaire d'Aragon, Manuel Jimenez Abad, tué à Saragosse. Les rues deviennent par le biais des affiches sauvages une tribune libre du discours de l’organisation séparatiste basque E.T.A qui informe la population sur les actions des forces de sécurité de l’Etat espagnol et initient sur le registre émotionel une réponse activiste (sans appel, inéluctable). LES PHOTOGRAPHIES DES CORPS TORTURES PAR LA GARDE CIVILE Les photographies du visage tuméfié de Unai Romano Igartua arrêté chez lui le 6 septembre 2001 et torturé par la Garde Civile espagnole recouvrent les murs du Pays Basque. Sous forme d’autocollants collés sur les murs des villes, des villages, sur les panneaux signalétiques, sur les vitres et vitrines de boutiques. Les photographies montrent le visage torturé d’Unai Romano Igartua les yeux fermés, une minerve au cou. Une autre photographie rappelle son visage avant torture. En donnant un visage à la repression, les photographies prennent place aux côtés des slogans militants. Elles permettent de légitimer la lutte et sont utilisées pour ne pas oublier ce que les forces de répression font subir aux jeunes basques. Elles dénoncent les méthodes inhumaines utilisées par le pouvoir en place à Madrid. Les photographies initient comme les affiches une réaction basée sur l’émotionnel. L’image vient conforter le texte, le discours, il légitime une réplique. La rue prend le relai de l’information médiatique, mais à la différence du paysage audiovisuel, c’est une vitrine diachronique qui dure, qui ne s’efface que difficilement. Une mémoire vive contre l’oubli. La personne interpellée et torturée passe de la figure symbolique de dangereux activiste terroriste à celle de victime, de martyre à la cause basque. La photographie met en exergue la torture que rien (pas même le terrorisme) ne saurait légitimer. Elle fonctionne comme un électrochoc pour celui qui la regarde. Elle pérénise la peur voire la paranoïa que la population entretient vis à vis des forces de l’ordre et en particulier de la Garde Civile. Elle vient conforter les slogans qui demandent le départ de ces forces (alde hemendik, cf album photo La discours des murs sur ce blog). FETES ET REVENDICATIONS POLITIQUES : L’EXEMPLE DES FETES DE PAMPELUNE La fête reste un moment privilégié pour saisir la réalité sociale et en particulier les dicours revendicatifs des militants nationalistes. Les panneaux des institutions du gouvernement de Navarre deviennent le lieu d’expression des critiques. L’association Euskal Herrian Euskaraz (au Pays Basque en basque) tage de son e facilement repérable et exprime son désaccord avec la politique linguistique menée dans cette province. Des autocollants (Que se vayan ! Alde Hemendik ! Torturadores ! cf photographies album) demandent le départ des forces de répression, Garde Civile, police nationale, CRS, en reprenant les emblèmes et en y acolant des slogans composés sur des banderoles plastifiées (Torturadores fuera avec la flèche) disposées à l’entrée nord de la ville, entre deux arbres dans un parc. La hache et le serpent qui symbolise l’organisation séparatiste basque E.T.A fait aussi son apparition dans les rues à l’occasion des fêtes de Pampelune. Une banderole plastifiée avec deux visages de militants et un texte (sortu enbor sortuko dira zineten beretik besteok) s’expose dans la rue à côté d’autres slogans composés sur des affiches en papier demandant de continuer la lutte et losque l’affiche se trouve décrochée, il y a toujours un jeune pour la replacer correctement afin que le sigle E.T.A se donne à voir au grand jour. L’affiche est placée de telle sorte que tous les gens qui descendent la rue puisse la regarder. Elles viennent aussi s’ajouter aux tags déjà mis en place au cours de l’année comme sur la place du quartier Txantrea à côté du supermarché. Le nom de l’organisation n’est plus apparent suel le sigle persite entouré du slogan bietan jarrai qui signifie continuer avec les deux. REVENDICATIONS ET ESPACES Les slogans de la gauche abertzale (nationaliste) investissent un espace traditionnel, des rues de certains centres urbains (la rue de Bilbao à San Sebastien) des ponts, des villes et villages politiquement attachés à l’idéologie nationaliste (Pasaia, Lezo, Hernani, Errenteria...). Les Herriko Taberna (ces bars ou se réunissent les jeunes militants) font avec les Gaztetxe (maison des ejunes) office de centres névralgiques de la contestation. C’est généralement là que sont réalisées les banderoles. Elles sont ensuite disposées à proximité soit dans la même rue, soit dans les rues adjacentes. Une atmosphère spécifique se dégage de ces rues, les jeunes investissant l’espace en se positionnant sur le trottoirs dévisageant les passants. C’est aussi le lieu de départ des manifestations et tous se retouvent dans ces lieux de socialisation véhiculant l’idéologie nationaliste. Les bars ferment d’ailleurs leurs portes pour l’occasion. A l’intérieur, on retrouve les slogans disséminés dans l’espace public, les sigles des organisations, E.T.A, Segi. Les entretiens menés avec les militants exprime l’idée d’un climat de tension extrême, uen véritable paranoïa collective. Tous se méfient de tous. C’est ce que confirme un militant en exprimant à voix basse que les murs ont des oreilles. Les regards et se dévisagent du coin de l’oeil. Tout intrus est rapidement remarqué. L’interconnaissance et l’esprit communautaire reignent. Cette paranoïa est aussi véhiculée par les dicours des militants qui racontent leurs expériences personnelles d’écoutes téléphoniques. L’individu se retouve sécurisé dans cet espace collectif, dans sa communauté idéologique, ses quartiers, ses rues, ses places publiques. Politique et maketing publicitaire sont mélées. On s’habille abertzale (des boutiques vendent des vêtements aux slogans politiques), on se coupe les cheveux façon jeune abertzale. Les jeunes adoptes des attitudes vestimentaires, des codes, des non dits pour se reconnaître et automatiquement s’identifier. A la méfiance de l’étranger (celui que l’on ne connait pas) vient s’ajouter la méfiance de l’appareil photographique symbole de l’espionage et de l’appareil téléphonique symbole des écoutes. Cette paranoïa prend tout son sens le jour ou il a fallu que je mette mon portable dans un micro ondes dans un village de pêcheurs. Les jeunes savaient que la seule manière d’échapper aux écoutes été de débracnher la batterie, d’enlever la puce et de mettre le portable débranché dans le micro onde ! LES MURS ET LA MÉMOIRE Les textes qui s’affichent sur les murs du Pays Basque rappellent le passé de l’organisation séparatiste basque E.T.A et participent à la construction historique de l’idéologie abertzale. Les plaques commémoratives fleuries des militants morts pour la cause et institués en martyres côtoient les textes. L’exemple du dsicours placardé sur la porte du Gaztetxe de Pampelune pour les fêtes en est une parfaite illustration. Il rappelle la mort de German, il y a vingt cinq ans un 8 juillet. Elle évoque l’histoire de ce jeune qui participait aux protestations en faveur de l’amnistie des prisonniers politiques et qui a été tué par une charge de la police. Cette affiche exprime bien l’idée que ces militants morts pour la cause ne sont pas oubliés et que c’est pour eux qu’il faut continuer la lutte et le combat en tuant tous ceux qui commettent de tels actes (Policia asesina, la police assassine, lur pean bukatuko duzu, vous finiez sous terre). Les murs sont aussi la pour rappeller les arrestations des militants (Garzon encarcela a un vecino del barrio, Mikel Askatu, Garzon incarcère un habitant du quartier, liberté pour Mikel) pour demander leur mise en liberté et pour condamner à mort ceux qui s’opposent à la liberté du peuple basque. Ainsi le juge Garzon, le PP et le PSOE deveient la cible des menaces de mort de l’organisation. A la dimension affective de l’utilisation du prénom (Mikel, German) s’ajoute la dimension impersonnelle du nom de famille (Garzon, Galindo) ou du nom encore plus générique du parti politique. Les murs annoncent partfois aussi une remise en liberté d’un détenu afin qu’un hommage lui soit rendu lors de son retour au pays. Marquer les murs et investir un espace permet aux nationalistes d’afficher leur existence, de communiquer, de délimiter des frontières. Au Pays Basque les empreintes restent sur les murs comme des témoignages de luttes, des marqueurs d’une histoire. Ils devienent la mémoire graphique d’une partie de la population qui lutte pour la reconnaissance de son pays. Ils relayent l’actualité, ils rappellent la contemporaneité du conflit. Tager prend beaucoup moins de temps que d’effacer un tag et un seul jeune peut se permettre seul ou accompagné de marquer à lui seul une commune. Le temps joue en faveur des militants face aux pouvoirs municipaux dépassés. CORPUS DES TEXTES DES SLOGANS PP-PSOE FAXISTAK ! BATASUNA AURRERA ! GORA E.T.A PNV-EA ESPANOLES ! SEGI AURRERA E.T.A HERRIA ZUREKIN SOS ITOIZ QUE SE VAYAN ! ALDE HEMENDIK ! FREEDOM FOR THE BASC COUNTRY ESTATU ESPANIOLA, ESTATU TERRORISTA AMNISTIA OSOA ! ALDE HEMENDIK BATASUNA INDEPENDENTZIA ! AUB EUSKAL HERRIA AURRERA ATXILOTUAK ASKATU ! GARZON HILDA ZAUDE !!! EHE GALINDO GATITO LINDO GORA EUSKADI TA ASKATASUNA GARZON ENCARCELA A UN VECINO DEL BARIO MIKEL ASKATU NO MAS MONTAJES POLICIALES SEGI PP BIETAN JARRAI TORTURADORES FUERA FAXISMOARI STOP EUSKAL PRESOAK ETXERA ! TORTURA ZUK ZER EGINGO DUZU SEGI ! GORA E.T.A (m)
18:07 Publié dans ANALYSE FORMELLE ET SEMANTIQUE DU DISCOURS DES MUR | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : E.T.A, SEGI, Tortures, Torturak, Unai Romano, photographies, militants
